Sept millions d’auditeurs, 400 correspondants, trois émissions par semaine depuis 2009. Anne-Cécile Bras, rédactrice en cheffe adjointe environnement à RFI et présentatrice de C’est pas du vent, raconte comment l’émission tient le cap face au backlash climatique : s’appuyer sur la science, valoriser les solutions de terrain du Sénégal à la Norvège, et répondre à la défiance par les faits.
CE QU’ON SAIT
- « C’est pas du vent » informe 7 millions d’auditeurs francophones sur RFI depuis 2009, avec 400 correspondants sur tous les continents.
- RFI a créé un service environnement en mars 2024 : 10 journalistes à plein temps travaillent sur le sujet en 5 langues.
- L’émission propose 3 formats hebdomadaires : club d’actualité (mercredi), grands entretiens d’experts (jeudi), reportage de 25 minutes (vendredi).
CE QU’ON PEUT FAIRE
- Écouter « C’est pas du vent » en direct sur RFI (15h10 en heure d’hiver, 16h10 en heure d’été) ou en podcast sur l’appli RFI et rfi.fr.
- S’inspirer des solutions locales présentées (Nébéday au Sénégal, reforestation au Costa Rica, décarbonation de l’acier en Norvège).
- Signer la Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique si vous travaillez dans les médias.
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📄 Résumé

Photo : RFI.
Le podcast Soluble(s) se penche régulièrement sur le travail des médias, car ils peuvent faire partie de la solution. Dans cet épisode, nous explorons comment une radio mondiale couvre l’écologie depuis près de deux décennies.

Photo : RFI.
Sénégal, Madagascar, destins d’écosystèmes
Et si l’avenir se jouait sur des hectares de baobabs malgaches ? Un homme seul, à l’ouest de Madagascar, défend farouchement ses arbres contre la désertification. Il rallie villages démunis, écoles, pêcheurs, malgré inondations et sécheresses.

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Au Sénégal, Nébéday fait plus : arbres plantés, foyers économes, charbon vert à base de résidus forestiers et agricoles. Ces récits humains, pris dans l’étau des écosystèmes, nourrissent C’est pas du vent. Anne-Cécile Bras raconte : « Ce monsieur m’a marquée par sa vitalité, disant : C’est mon énergie, je suis né pour ça. » Née en janvier 2009 avant la COP de Copenhague, l’émission a traversé les « tempêtes » médiatiques : « Nous avons survécu à toutes les tempêtes. Dix-sept ans plus tard, nous sommes toujours là. »

Photo : RFI.
Coulisses d’une voix mondiale
Trois rendez-vous hebdomadaires rythment l’antenne de RFI – 60 millions d’auditeurs à travers le monde, dont 7 millions suivent fidèlement C’est pas du vent via 127 relais FM. Le mercredi, Le Club dissèque l’actualité environnementale de la semaine avec des journalistes de RFI et d’autres médias. Le jeudi, deux ou trois experts approfondissent un sujet de fond : l’eau, la biodiversité, le climat. Le vendredi, place au reportage de 25 minutes, nourri par le réseau de 400 correspondants à l’international et toujours mis en perspective par un expert.

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RFI consacre aujourd’hui environ 10% de son antenne à l’environnement, régulièrement citée en tête par QuotaClimat pour ce pourcentage. Le service environnement compte dix journalistes couvrant cinq langues depuis 2024. Formée au fil des enquêtes – emploi, alimentation mondiale, actualité des femmes –, Anne-Cécile Bras martèle : « On ne peut pas parler de solution franco-française. » Son public ? Principalement l’Afrique de l’Ouest et centrale, où les populations dépendent directement des ressources naturelles.

Photo : RFI.
Nord-Sud : un monde, des réponses locales
Urgence planétaire, remèdes circonscrits. Au Nord : décarbonation de l’acier norvégien grâce à l’hydrogène vert, reforestation massive au Costa Rica. Au Sud : adaptation douloureuse – érosion côtière en Afrique de l’Ouest, Haïti totalement déforestée qui contraste violemment avec une République dominicaine verdoyante, sols malgaches ravinés où l’eau ne pénètre plus. « Le temps de l’adaptation est venu, mais les pays qui sont les plus vulnérables au changement climatique n’ont pas les moyens de s’adapter », constate la journaliste.

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C’est pas du vent mise sur le journalisme de solutions : documenter les problèmes, mais aussi mettre en lumière les réponses concrètes qui émergent. « Mettre en avant des initiatives, que ce soit dans le domaine de l’agriculture, de l’énergie, du vivre ensemble, de la préservation de la biodiversité, c’est inspirer les autres, donner envie de faire », explique Anne-Cécile Bras.

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L’impact ? Des auditeurs reproduisent le modèle Nébéday dans leur pays après avoir suivi le lien posté sur la page de l’émission. « La société est en avance, comme toujours, sur les décideurs politiques », affirme-t-elle.

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Backlash Trump et défiance française
Début 2026, le contexte pèse lourd. L’Accord de Paris fête ses dix ans : adopté le 12 décembre 2015, il visait à limiter le réchauffement bien en dessous de 2 °C et poursuivre les efforts pour le contenir à +1,5 °C. Aujourd’hui, le ministère français de la Transition écologique reconnaît que cet objectif « s’éloigne à grands pas ». Le 7 janvier 2026, Donald Trump signe un décret ordonnant le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales jugées « redondantes, mal gérées, inutiles ». Parmi elles : la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Portrait officiel de Donald Trump en tant que président des États-Unis en 2025.
Washington prend également le contrôle de dizaines de millions de barils de pétrole vénézuélien. Le Groenland cristallise les convoitises : il concentre 25 des 34 minéraux jugés critiques par l’Union européenne, dont la Chine contrôle environ 90% de la production mondiale. Côté commerce, le traité UE-Mercosur vient d’être signé malgré un engagement « zéro déforestation 2030 » jugé faible et peu contraignant par plusieurs observateurs.

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En France, la défiance grimpe. Entre janvier et août 2025, QuotaClimat, Data For Good et Science Feedback ont détecté 529 cas de mésinformation climatique dans les médias audiovisuels français – soit environ une dizaine par semaine au premier trimestre. Ces narratifs ciblent à 90% les solutions de la transition : énergies renouvelables, mobilité électrique, action climatique mondiale. Face à ce backlash, Anne-Cécile Bras oppose une ligne claire : « La science n’est pas une opinion. » Elle privilégie les faits scientifiques solides, tout en donnant la parole aux philosophes et sociologues pour décrypter « la façon dont les sociétés réagissent à ces soubresauts liés à la dégradation de l’environnement, liés à ces replis identitaires ».
Charte et bas-carbone : choisir ses batailles
Depuis septembre 2022, RFI (avec France 24 et Monte Carlo Doualiya) a signé la Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique. Treize engagements : traitement transversal du climat, du vivant et de la justice sociale ; pédagogie renforcée ; vigilance sur les termes employés ; attention à l’empreinte carbone des pratiques professionnelles. Le média assume le « journalisme bas-carbone ».

Photo: RFI.
L’avion reste incontournable pour couvrir le terrain à l’international, mais la règle est stricte : hiérarchiser les sujets selon les priorités, refuser les sollicitations non essentielles. « Je refuse beaucoup de sollicitations. Je priorise », précise la journaliste. RFI mène aussi des actions concrètes : isolation des bureaux, produits bio à la cantine, politique RSE pilotée par Sophie Mouline chez France Médias Monde.

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À la COP30 de Belém en novembre 2025, la lutte contre la désinformation climatique a franchi un cap historique. Pour la première fois, une douzaine de pays ont signé une déclaration inédite contre la prolifération de fausses informations amplifiées par les algorithmes. Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva avait appelé à faire de cette COP « une nouvelle défaite pour les négationnistes du climat ». « Les faits sont les faits », assène Anne-Cécile Bras.
Un phare dans la tempête
Cet épisode révèle comment RFI, portée par Anne-Cécile Bras et son équipe, dose constats alarmants et solutions mobilisatrices pour rebâtir la confiance par le terrain et la rigueur scientifique. L’actu ne manque pas de défis, mais les leviers existent.
Écoutez.
Simon Icard (rédigé avec IA)
POUR ALLER PLUS LOIN
- Écouter C’est pas du vent sur RFI et en podcast : Une émission réalisée par François Porcheron, coordonnée par Caroline Filliette.
Diffusions le mercredi (pour Le Club de C’est pas du vent), le jeudi et le vendredi vers toutes cibles à 14h10 TU et 23h10 TU.
https://www.rfi.fr/fr/podcasts/cest-pas-du-vent/ - Suivre sur Facebook, Instagram, Anne-Cécile Bras sur Linkedin.
Et aussi : Consulter la Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique : ICI.
TIMECODES
00:00 — Introduction : « Heureux de vous savoir à l’écoute »
00:30 — Présentation
01:44 — Le parcours d’Anne-Cécile Bras
03:51 — Création de « C’est pas du vent »
06:13 — « On ne peut pas parler de solution franco-française »
06:42 — RFI : 127 relais FM dans le monde
07:44 — Trois formats par semaine : mercredi, jeudi, vendredi
09:13 — Actualité janvier 2026 : 10 ans Accord de Paris, Trump capture président Venezuela, GIEC, Groenland ..
11:07 — « La science n’est pas une opinion »
12:39 — « La société est en avance sur les décideurs politiques »
13:03 — « Inspirer les autres, donner envie de faire »
15:24 — Histoires humaines : rencontres extraordinaires
19:33 — Adaptation : sujet douloureux
20:58 — Costa Rica, Norvège : décarbonation de l’acier
23:51 — Crise de confiance, défiance envers les médias
26:27 — RFI signataire Charte journalisme urgence écologique
28:58 — COP30 Belém : désinformation climatique à l’agenda
29:41 — QuotaClimat : RFI en tête, environ 10% d’antenne environnement
30:42 — Horaires : 15h10 hiver / 16h10 été (heure française)
31:30 — Merci Anne-Cécile Bras !
32:06 — Fin
CITATIONS
En direct d’Anne-Cécile Bras, rédactrice en chef adjointe environnement à RFI
Sur : La ténacité de « C’est pas du vent »
« Nous avons survécu à toutes les tempêtes et voilà, nous sommes toujours là dix-sept ans plus tard. »
Sur : Les problèmes globaux, capacités locales
« Les problèmes que nous avons ici en France sont partagés partout dans le monde. La seule différence, je dirais, si on résume vraiment à l’extrême, ce sont les capacités de réagir. »
Sur : La science comme boussole
« La science n’est pas une opinion. »
Sur : Le journalisme de solutions
« Mettre en avant des initiatives, que ce soit dans le domaine de l’agriculture, de l’énergie, du vivre ensemble, de la préservation de la biodiversité, c’est inspirer les autres, donner envie de faire. »
Sur : La société devance les politiques
« Je crois beaucoup dans ce contexte difficile que la société est en avance, comme toujours, sur les décideurs politiques et que c’est ensemble que nous pouvons faire sens. »

DR.
Sur : Déni et peur climatique
« Je pense qu’il y a quand même un déni de la part d’une partie de la population qui, à mon avis, n’est pas pas informée mais refuse la réalité parce que c’est pratique, parce que ça fait peur. »
Sur : Débunker les fausses solutions
« Moi je fais des émissions sur la géo-ingénierie et qui démontrent l’absurdité et le fait qu’aucune de ces solutions technologiques ne sont matures aujourd’hui. »
Sur : Le journalisme bas-carbone
« Je refuse beaucoup de sollicitations. Je priorise. »
Sur : 10% d’antenne environnement à RFI
« RFI est régulièrement citée par QuotaClimat, en tête du pourcentage de temps consacré à l’environnement sur son antenne. Nous sommes à peu près à 10%. »
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